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23 février 2016

Interview Véronique Sinclair, Directrice des systèmes d'information de la Sacem

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Lauréate du prix du DSI de l'année dans la catégorie « Transformation digitale-PME », Véronique Sinclair, qui dirige depuis 2012 les systèmes d’information de la Sacem, revient sur les raisons qui ont conduit le jury à lui accorder ce prix et sur les enjeux de la digitalisation pour les acteurs de l'industrie musicale.

                                                                                                                                                                    

NomiOne : Vous avez été élue DSI de l’année pour la catégorie « Transformation digitale-PME », pourquoi le jury vous a-t-il choisie ?

 

VS : Ce qui a séduit le jury c’est notre prise de conscience de la valeur des données et des possibilités qu’elles ouvrent pour nos sociétaires. Ils ont également mis en avant notre suite applicative en matière de mobilité, constituée d’outils business intelligence qui optimisent la tournée de nos forces de terrain. Des pratiques que je croyais généralisées au sein des entreprises, mais qui visiblement sont moins fréquentes qu’on ne le pense.

 

Ce que le jury a également voulu récompenser c’est notre recherche de nouveaux moyens pour scanner le web et identifier les œuvres. Nous avons testés diverses technologies comme le finger printing, le crowdsourcing, le machine learning. Le temps oùnous recevions uniquement les musiques jouées dans les médias traditionnels et où nous pouvions traiter manuellement les données reçues est depuis longtemps révolu.

                                                                                                                                              

Désormais nous gérons non seulement un volume de données faramineux mais sur des supports dont le contenu peut être généré par les utilisateurs, comme Youtube. Nous devons donc être capables de savoir que derrière le titre une vidéo qui s’appelle « mon chat fait du skateboard », il y a une musique qui appartient à un de nos membres et qui est protégée.

                                                                                                                                                                    

 

NomiOne : Comment la Sacem a-t-elle vécue cette transformation numérique ?

 

VS : Au début des années 2000cela a été un défi. Nous avons agit en réaction au volume de données qui nous arrivait. Nous y voyons désormais une opportunité. Nous sommes une des plus grosses sociétés de gestion collective dans le monde et nous disposons de moyens pour développer. La Sacem a doublé ses investissements informatiques  entre 2011 et 2014, pour permettre la modernisation de l’ensemble des systèmes.

 

Nous avons également conclu des partenariats avec d’autres sociétés de gestion de droits pour mutualiser nos efforts et être plus solide quand nous investissons, dans les big data par exemple. Nous avons créé un partenariat appelé Armonia Online avec les sociétés italienne, espagnole, portugaise, belge, suisse... Nous travaillons sur tous les fronts : services aux sociétaires, utilisation de toute la richesse des données, dématérialisation des démarches clients.

 

Le but est de faire de cette évolution subie une opportunité pour nos membres, car nous pouvons désormais exploiter ce flux et fournir à nos sociétaires des informations d’une très grande richesse. Le degré de précision est plus élevé, ils peuvent désormais savoir où on été jouées leurs œuvres, sur quel territoire, quelle plateforme, dans quelles proportions… Toutes ces informations sont ensuite exploitées et permettent de connaitre, par exemple, l’impact d’une tournée sur les ventes en streaming. Nous voulons non seulement traiter les données que l’on reçoit mais également les enrichir et avoir une démarche proactive pour aller identifier les contenus sur le web.

 

La numérisation nous sert également sur le terrain. Elle a déclenché la digitalisation de l’entreprise à tous les niveaux. Tout le processus de contractualisation est dématérialisé avec la signature électronique et le parcours terrain est optimisé grâce aux capacités de la business intelligence. Nous pouvons identifier les pôles ayant le plus de potentiel, voir là ou nous nous sommes déplacés le moins souvent, où le taux de pénétration est le moins grand.

 

 

NomiOne : Comment la Sacem a-t-elle trouvé les ressources pour gérer cette révolution de l'industrie musicale ?

 

VS : Avant toutc’est une prise de conscience de notre conseil d’administration. Nous sommes une association à but non lucratif qui appartient aux auteurs, compositeurs et éditeurs de musique. Ce sont eux qui composent le conseil et qui ont lancé la transformation. En faisant appel à un nouveau directeur général en 2012, qui a lui-même renouvelé l’ensemble de son comité de direction, ce qui a permis de fédérer l’entreprise sur le projet de transformation et d’investir suffisamment pour se donner les moyens techniques d’y arriver.

 

Nous recherchons également des solutions à l’extérieur, l’innovation vient des  rencontres que nous faisons. Pour des technologies comme le finger printing, nous faisons appel à des prestataires externes. Nous collaborons avec des écoles, notamment CentraleSupélec, des start-up, des instituts de recherche qui nous orientent sur de nouvelles méthodes d’identification, en utilisant par exemple des critères sociaux pour enrichir nos métadonnées et les utiliser ensuite pour identifier les œuvres de nos ayants droit.

 

 

NomiOne : Ce poste de DSI est donc au cœur du développement de la Sacem...

 

VS : Ce qu'il y a de formidable dans ce travail, c'est que la créativité se retrouve également dans les systèmes d'information. Tout est à concevoir, on ne peut compter sur aucun progiciel existant. Nous devons bâtir, concevoir le meilleur système pour protéger les droits de nos sociétaires.

                                                                              

Car au-delà des questions techniques c’est la rémunération des artistes qui est en jeu. Si nous avons une culture de ce niveau en France c’est que nous arrivons à faire vivre nos créateurs. Les auteurs, compositeurs n’ont pas de salaires, ils ne sont pas rémunérés par les producteurs et n’ont pas le statut d’intermittent. Les droits d’auteurs sont bien souvent leurs seuls revenus, et pour cela ils dépendent de leur société. Faire vivre ceux qui nous font rêver c’est notre slogan et c’est une grande fierté pour moi de me lever le matin et de me dire que c’est ce pourquoi je travaille. 

Crédits Photo: Marc Chesneau

Contact Rédaction Presse: drozec@nomination.fr